40 % des salariés qui devraient télétravailler vont au bureau

Il y a 1 année 214

Cela fait maintenant quatre semaines que la France s'est reconfinée. Si les commerces rouvrent leurs portes aujourd'hui, rien ne change, dans la doctrine gouvernementale, au sujet du télétravail. Lors de son intervention le 26 novembre, le Premier ministre Jean Castex l'a réaffirmé avec force : « Le télétravail restera la règle et devra être le plus massif possible. » Élisabeth Borne, la ministre du Travail, n'avait cessé de le répéter sur tous les tons, depuis début novembre : « En matière de télétravail, je le rappelle, la règle qui s'applique désormais est la suivante : ceux dont les tâches peuvent être entièrement réalisées à distance doivent télétravailler cinq jours sur cinq. »

Voici le bilan chiffré au terme d'un mois de reconfinement. Pour la quatrième semaine, le télétravail total n'est toujours pas la norme : 22 % des salariés français sont en télétravail total, 40 % sont au bureau toute la semaine et 21 % s'y rendent quelques jours par semaine (le reste des salariés étant en chômage partiel). Évidemment, tous les salariés ne sont pas égaux devant le télétravail : selon les chiffres d'Happydemics, seul un tiers des salariés disent pouvoir exercer leur activité en télétravail à 100 %. Les cadres estiment plus souvent pouvoir travailler à distance – 76 % partiellement ou totalement à l'inverse des employés non-cadres, qui sont 59 % à estimer devoir se rendre sur leur lieu de travail tous les jours.

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Une certaine lassitude commence à se faire sentir

Mais ce qui est frappant, et ce qui marque une différence importante avec le premier confinement du printemps, est le fait suivant : même au sein de la catégorie de salariés pour qui le télétravail total est possible, il y a des réfractaires à la consigne gouvernementale de rester à la maison ! En effet, parmi ceux qui ont la capacité de télétravailler à 100 %, 20 % se rendent au bureau toute la semaine et 20 % s'y rendent quelques jours par semaine. Il apparaît que le respect des consignes dépend beaucoup du statut accordé au télétravail dans chaque entreprise avant même les expériences de confinement. Parmi les entreprises pour lesquelles le télétravail était déjà possible quelques jours par semaine avant le confinement, 35 % ont fermé totalement leur bureau et 31 % ont laissé leurs bureaux ouverts, mais recommandent fortement le télétravail.

La moitié des salariés affirment « manquer de reconnaissance »

L'enquête d'Happydemics montre aussi qu'une certaine lassitude commence à se faire sentir chez les salariés au sujet du télétravail. Parmi ceux qui sont en télétravail total, 19 % aimeraient pouvoir aller au bureau tous les jours et 40 % à temps partiel. En effet, un mois après le « reconfinement », il est avéré que celui-ci impacte le bien-être des salariés. Cela joue sur la motivation des salariés qui est en berne (29 % affirment en manquer) ; ainsi que sur le niveau de tension ressenti (40 % de salariés se sentent plus tendus qu'en temps normal). La moitié des salariés affirment également « manquer de reconnaissance », ce sentiment étant particulièrement fort dans la population des non-manageurs des grandes entreprises ; et 42 % reconnaissent avoir « besoin de plus d'interactions sociales ». Enfin, tout cela impacte logiquement l'activité, le travail même des salariés, puisqu'ils sont 34 % à se sentir aujourd'hui moins actif que dans une situation classique. Bref, pour la santé psychique des salariés et dans l'intérêt bien compris des entreprises, il faut espérer un rapide retour à la normale du monde du travail.

Pendant la durée du reconfinement, Le Point, avec la technologie d'études et de sondages Happydemics *, dresse un baromètre hebdomadaire de la vie des salariés français au travail. Pour appréhender, grâce à une enquête représentative et chiffres à l'appui, quel est l'état d'esprit (ses attentes, ses satisfactions ou ses angoisses, etc.) du travailleur, ou plutôt du… télétravailleur, à l'heure de la crise sanitaire.

*Enquête réalisée par Happydemics (www.happydemics.com) entre le 24 et le 27 novembre auprès de 3 872 répondants représentatifs des Français et 666 salariés des ME (microentreprises), PME, ETI et GE.

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