L’Afrique du Sud confrontée aux défis de la relance

Il y a 1 mois 30

RELANCE. Dette publique qui explose, chômage en hausse, inégalités en croissance : le ministre des Finances présente son plan de relance dans un contexte explosif.

En juin, le ministre des Finances Tito Mboweni avait predit un recul de 7,2 % du PIB sur l'ensemble de l'annee 2020, un record << en pres de 90 ans >> d'apres le responsable.

En juin, le ministre des Finances Tito Mboweni avait prédit un recul de 7,2 % du PIB sur l'ensemble de l'année 2020, un record « en près de 90 ans » d'après le responsable. © RODGER BOSCH / AFP
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Tito Mboweni, le ministre des Finances sud-africain, est sans nul doute l'homme le plus important du pays ce jour. Il a la lourde tâche de présenter l'un des budgets les plus difficiles de l'histoire du pays devant le Parlement. Habituellement, l'ex-gouverneur de la Banque centrale, très populaire sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter où il cumule près d'un million d'abonnés, apporte toujours en ce jour spécial un plant d'aloe vera, réputé capable de survivre en pleine sécheresse… La métaphore sera sans doute aussi utile cette année, dans un contexte où désormais un nombre record de Sud-Africains sont au chômage, 7,2 millions, soit 32,5 % de la population, et les prévisions tablent sur une dette publique qui devrait atteindre 80 % du PIB cette année. « L'atteinte des objectifs de réduction de la dette et du déficit dépendra de la réalisation par l'économie de taux de croissance plus élevés en 2022 que prévu précédemment », a déjà averti mercredi Tito Mboweni.

Les analystes et les économistes n'espèrent pas de progrès significatifs dans le redressement de l'économie sud-africaine, compte tenu des contraintes budgétaires strictes et du peu de marges de manœuvre du côté des recettes et des dépenses. Les partis d'opposition sont déjà mobilisés.

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Une multitude de mauvaises nouvelles

Car le moins que l'on puisse dire est que l'économie sud-africaine n'est pas épargnée. Le pays a bien sûr été frappé de plein fouet par la pandémie de coronavirus, mais il faut souligner qu'il était déjà fragilisé par plusieurs années de croissance faible. Pays africain officiellement le plus touché par le Covid-19, l'Afrique du Sud a rapidement déclaré « l'état de catastrophe » après l'arrivée du virus, en mars, sur le continent. Et le gouvernement a mis en place un des confinements les plus stricts au monde.

Mais, en tentant de se protéger de l'épidémie, le pays s'est également fermé aux touristes et aux capitaux étrangers. En Afrique, où l'arrêt brutal de l'économie mondiale lié à la crise du Covid-19 a frappé de plein fouet les revenus des pays émergents, les économistes des Nations unies annonçaient en 2020 une chute des investissements directs étrangers de 25 à 40 %. Un retrait significatif pour l'Afrique du Sud, qui tire 8 % de son PIB des exportations de minerais et de métaux.

Sur le plan social, « la pauvreté est en hausse et les inégalités s'accroissent », a déploré mi-février le président Cyril Ramaphosa, dans son discours annuel à la nation. « Il n'y a pas d'argent et nous devons trouver un équilibre entre soutenir les plus pauvres et soutenir la croissance », explique à l'AFP Daniel Meyer, qui enseigne le commerce à l'université de Johannesburg.

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Un chômage record

Conséquence : la tension est montée d'un cran dans les rues avec des manifestations qui se multiplient. Dans la matinée, plusieurs manifestations contre le chômage étaient en cours dans le pays, à l'appel des syndicats. Pour de nombreux experts, le coût réel de la pandémie de Covid-19 est à lire dans les chiffres du chômage record de l'Afrique du Sud. Au Cap, la police a tiré des gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui marchaient vers le Parlement. À l'hôpital de Soweto, une centaine de personnes en chemise rouge ont dansé et entonné des chants de lutte contre l'apartheid, en solidarité avec le personnel médical sous-payé et épuisé par la crise sanitaire. L'Agence gouvernementale des statistiques a fourni également une notion plus élargie du chômage, différant du taux officiel, lequel ne tient compte que du nombre de personnes cherchant activement du travail. Ainsi, explique-t-elle, si l'on prend en compte les personnes sans emploi « découragées », qui ont abandonné toute recherche, il faut ajouter au chiffre de sans-emploi du quatrième trimestre 235 000 personnes, soit une augmentation de 8,7 % par rapport au troisième. Mais, si l'on y ajoute les sans-emploi qui ont abandonné leurs recherches « pour d'autres raisons que le découragement », le nombre de sans-emploi total a baissé au quatrième trimestre de 1,1 million, soit une réduction de 7,4 % par rapport au troisième. Si l'on intègre le nombre de sans-emploi ayant renoncé à leurs recherches (toutes catégories confondues) au nombre de sans-emploi du quatrième trimestre – pris en considération pour le taux officiel –, on arrive à un taux de chômage de 42,6 % pour le quatrième trimestre, en baisse de 0,5 point de pourcentage, par rapport au troisième.

Le chef de l'État veut croire en la résilience de son pays

Attendu, le chef d'État est toutefois resté vague sur la manière de redresser l'économie. « Comme tous ceux qui ont marché sur cette terre avant nous, nous nous relèverons », a-t-il simplement assuré, choisissant pour sa part la comparaison avec le fynbos, une autre plante locale, symbole de résilience pour sa capacité à se régénérer après avoir brûlé. Tout juste a-t-il expliqué compter sur le secteur privé et l'industrie pour recréer des emplois, s'appuyant sur un récent investissement de plus de 823 millions d'euros de Ford pour moderniser ses usines dans le pays.

Alors que le successeur de Jacob Zuma ne voit pas le bout de sa croisade contre la corruption d'État, le Fonds monétaire international (FMI) annonçait une contraction de 8 % en 2020 de l'économie de la deuxième puissance industrielle d'Afrique, et une croissance modeste (+ 3 %) en 2021.

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