Les Français aiment toujours leurs éoliennes

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A-t-on senti un soupir de soulagement, voire de fierté, ou n'était-ce qu'une illusion ? Mercredi matin, en présentant les résultats d'une enquête (1) sur la perception que les Français ont des éoliennes, les représentants de la profession semblaient contents de leur annonce. Alors que, dans le Blayais ou aux confins de la Somme, des projets de parcs éoliens doivent faire machine arrière, attaqués par des associations locales, les Français adhèrent toujours en masse à l'énergie éolienne.

Ils sont 76 %, selon le sondage, à en avoir une bonne image, soit trois points de plus que lors de la précédente enquête menée il y a deux ans. De plus, près de sept Français sur dix assurent que l'installation d'éoliennes près de chez eux serait une bonne chose. Chez France Énergie éolienne (FEE), le commanditaire de l'enquête, on souligne que le taux de soutien le plus fort est chez les jeunes, qui sont aussi les plus fervents supporteurs de la transition énergétique.

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En revanche, un chiffre important décroît. Les riverains, ceux qui habitent à moins de 5 kilomètres d'une éolienne, semblent moins emballés qu'il y a deux ans par la vue (ou le bruit ?) de ces engins tournants : s'ils sont eux aussi 76 % à avoir une bonne image des éoliennes, ce résultat baisse de trois points par rapport à 2018. FEE positive. Selon Antoine Guiheux, secrétaire général du syndicat professionnel, le double mouvement (poussée chez les Français, baisse chez les riverains) traduit une « banalisation » de leur perception, une « convergence » entre ceux qui ont une vision lointaine des éoliennes et ceux qui en voient une à chaque fois qu'ils ouvrent leurs fenêtres. Bref, les mâts s'inscriraient non seulement dans le territoire français, mais aussi dans son esprit.

80 à 90 % des recours rejetés

D'où vient alors cette sensation que les éoliennes provoquent des poussées d'urticaire chez les Français ? Nicolas Wolff, président de la fédération professionnelle, explique ce décalage par le bruit médiatique disproportionné que créent les associations d'anti-éolien. Certaines, telles Vent de colère et la Fédération environnement durable, qui regroupe une myriade de plus de 1 000 associations, savent se faire entendre, dans les médias et en justice. Mais les résultats ne suivent pas toujours. Selon FEE, 80 à 90 % des recours sont rejetés. « C'est bien la preuve qu'ils sont bâtis sur du sable », assure Nicolas Wolff. D'autres, toutefois, aboutissent. Il y a quelques semaines, Bénédicte Coste a, par exemple, fait annuler un projet d'éoliennes dans sa région de la Somme au motif, jusqu'alors inédit, que la profusion de mâts créait un « encerclement » des habitations voisines. Bénédicte Coste a pu médiatiser son combat grâce à sa filiation : elle est la petite-fille du maréchal Leclerc. Elle entend désormais mettre en place une structure pour combattre plus efficacement les éoliennes, en liaison avec la région Hauts-de-France, celle qui compte le plus de mâts en France. À sa tête, Xavier Bertrand, devenu un des plus fervents opposants à l'énergie éolienne, en tout cas à sa profusion sur ses terres.

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Nicolas Wolff regrette d'ailleurs que le combat contre les éoliennes, qui créent pourtant « cinq emplois par jour », soit devenu politique. « L'éolien est instrumentalisé par certains partis », dit le président de FEE, sans donner de noms, outre Xavier Bertrand et Dominique Bussereau, président de l'Assemblée des départements de France. On pense à Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Le tapage des détracteurs de l'éolien serait donc inversement proportionnel à leur poids. Selon l'enquête de Harris Interactive, seuls 6 % des Français (et 7 % des riverains) disent avoir une très mauvaise image de cette énergie. Mais, si on y ajoute ceux qui ont une mauvaise image, on arrive respectivement à 24 et 22 %.

Deux fois plus de puissance d'ici 15 ans

La profession ne s'inquiète pas de ce léger désamour. Il est stable par rapport à la dernière enquête, menée il y a deux ans, alors que le nombre de mâts plantés un peu partout en France a flambé : depuis 2018, c'est environ un millier d'éoliennes en plus qui ont été érigées. Les installations devraient continuer à se multiplier, assure Nicolas Wolff. Il s'agit en effet d'atteindre les objectifs fixés par le gouvernement, qui souhaite une puissance éolienne de 34 GW en 2035, contre 16,6 fin 2019. En clair, l'Hexagone devra doubler, d'ici 15 ans, la puissance installée, soit près de deux fois plus d'éoliennes.

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Le président de FEE vient de discuter avec le ministère de la Transition écologique des conditions pour en planter plus en France, et surtout mieux : la moitié environ des parcs est accueillie par deux régions, les Hauts-de-France et le Grand Est. Il faut donc dégager de nouveaux espaces, comme les terrains militaires, qui ne peuvent aujourd'hui recevoir de mâts, cartographier les zones les plus propices ou encore améliorer le balisage nocturne des mâts, avec, par exemple, des signaux lumineux qui ne se déclenchent qu'à l'approche d'aéronefs, histoire de ne pas clignoter toute la nuit. Il en va de la cohabitation apaisée entre les mâts de métal et leurs voisins. Même si, insiste Nicolas Wolff, « il y a une très forte adhésion des Français » aux éoliennes, mieux vaut rester prudent…

1. Enquête « grand public » réalisée en ligne du 12 au 16 novembre 2020 auprès d'un échantillon de 1 011 personnes représentatif des Français âgés de 18 ans et plus. Enquête « riverains » réalisée par téléphone du 9 au 17 novembre 2020 auprès d'un échantillon de 1 001 personnes représentatif des Français habitant à proximité d'une éolienne (moins de 5 kilomètres).

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